Vous avez repéré un sol en béton ciré sur les réseaux sociaux et vous vous demandez si vous pouvez le reproduire chez vous sans passer par un artisan. Comment faire le béton ciré soi même dépend surtout du support de départ, de la pièce concernée et du temps que vous êtes prêt à consacrer au séchage entre chaque couche. Sur un chantier que j’ai suivi récemment, la moitié des reprises venaient d’un support mal préparé, pas d’une erreur de dosage. Voici la méthode complète, chiffrée, et les pièges qui reviennent le plus souvent.
Béton ciré, microciment ou béton quartzé : de quoi parle t on vraiment
Le terme béton ciré recouvre en réalité trois techniques différentes, et la confusion entre elles explique la moitié des déceptions après travaux.
Le béton ciré traditionnel est un vrai béton coulé, poncé puis ciré ou vitrifié. Le microciment, souvent vendu en kit, est un mélange de mortier fin et de résine appliqué en couches minces sur un support existant. Le béton quartzé est un béton classique saupoudré de quartz en surface pour obtenir un effet brillant, une technique héritée des sols de garage.
| Technique | Composition | Épaisseur posée | Prix moyen au m² en matériel | Niveau pour un débutant |
|---|---|---|---|---|
| Béton ciré traditionnel | Béton coulé puis poncé | 5 à 8 cm | 40 à 60 euros | Difficile, réservé aux pros |
| Microciment en kit | Mortier fin et résine | 2 à 3 mm | 40 à 80 euros | Accessible à un bricoleur averti |
| Béton quartzé | Béton classique saupoudré de quartz | 5 à 8 cm | 35 à 55 euros | Difficile, nécessite de l’expérience |
Dans la suite de cet article, on parle de la technique la plus accessible en rénovation, celle qui intéresse la majorité des lecteurs qui cherchent comment faire le béton ciré chez eux : le microciment en kit, appliqué en couches minces sur un support déjà en place.
Le matériel et les quantités nécessaires pour 10 m²
Avant de vous lancer, comptez le matériel suivant pour une surface de 10 m² environ, en couche standard de 2 à 3 mm :
- Un kit béton ciré complet incluant primaire d’accroche, mortier de base, mortier de finition et vernis de protection, soit environ 12 à 15 kg de produit au total
- Une taloche lisse en inox et une taloche à rebords pour les angles
- Un malaxeur électrique adapté à une perceuse
- Un rouleau microfibre pour le primaire
- Une ponceuse à main avec grain 120 puis grain 220
- Des gants, un masque à cartouche filtrante et des lunettes de protection, indispensables à cause des vapeurs de résine
Ce matériel représente à lui seul entre 60 et 100 euros hors kit, un poste que beaucoup de tutoriels oublient de chiffrer.
Préparer le support, l’étape que tout le monde bâcle
Vérifier la porosité et l’humidité du support
Versez quelques gouttes d’eau sur le sol. Si elles pénètrent en moins d’une minute, le support est poreux et acceptera directement le primaire. Si elles perlent en surface, il faut d’abord un traitement d’accroche spécifique, sous peine de décollement dans les mois qui suivent.
Le bon geste consiste à mesurer aussi le taux d’humidité résiduelle d’une chape avec un hygromètre, surtout si elle a moins de trois mois. L’erreur fréquente est de couler du béton ciré sur une chape encore humide en pensant que le séchage en surface suffit : la résine emprisonne l’humidité, et des cloques apparaissent en quelques semaines.
Cas particulier du carrelage, du parquet et de l’ancien ragréage
Sur du carrelage, un ragréage de type P4S est nécessaire pour effacer les joints, sans quoi ils réapparaissent en négatif sous le béton ciré au bout de quelques mois. Sur du parquet, la règle est simple : on évite, sauf si le parquet est collé et parfaitement stable, car le moindre mouvement du bois fissure la couche de finition. Sur un ancien ragréage fissuré, il faut traiter les fissures une à une avant toute application, jamais les recouvrir directement.
Pièces humides : douche et salle de bain, ce qu’impose réellement la réglementation
Dans une douche à l’italienne ou sur un sol de salle de bain, l’étanchéité ne peut pas reposer sur le seul vernis de finition du kit. Un professionnel posera un système d’étanchéité sous carrelage homologué avant le béton ciré, ce qui conditionne la garantie décennale du chantier. En tant que particulier, réaliser ce point vous même sur une douche vous prive de cette garantie en cas de sinistre, un élément que les fabricants de kits mentionnent rarement en toutes lettres.
Fabriquer et appliquer le béton ciré étape par étape
Le mélange mortier et résine, les proportions à respecter
Versez la résine dans un seau propre, puis ajoutez le mortier progressivement en mélangeant au malaxeur à vitesse lente. Le bon geste est de respecter au gramme près les proportions indiquées par le fabricant, car un excès de résine rend le mélange trop souple et fragilise la couche à long terme. L’erreur fréquente est d’ajouter de l’eau pour rattraper un mélange trop épais : cela casse les propriétés du produit et provoque des faïençages précoces.
Application de la première couche
Appliquez une couche fine et régulière à la taloche inox, en partant d’un angle de la pièce vers la sortie, jamais l’inverse sous peine de marcher sur ce qui vient d’être posé. Comptez environ 1 kg de produit par mètre carré pour cette première passe. Laissez sécher 24 heures minimum avant de poncer légèrement au grain 120.
Application de la deuxième couche et temps de séchage
La deuxième couche affine le rendu et referme les micro aspérités laissées par le ponçage. Respectez un séchage complet de 24 à 48 heures avant de poncer au grain 220. Le bon geste est de vérifier la météo intérieure : en dessous de 10 degrés ou avec une humidité ambiante forte, le séchage double, et poncer trop tôt arrache la matière encore tendre.
Ponçage et lissage
Poncez toujours à sec, en mouvements circulaires larges, jamais en insistant longtemps au même endroit sous peine de creuser une zone plus fine que le reste. Aspirez soigneusement entre chaque passage, la poussière résiduelle se retrouve sinon piégée sous le vernis final.
Vitrification et protection finale
Appliquez le vernis de protection en deux couches croisées, avec un temps de séchage d’environ 4 à 6 heures entre les deux. Comptez ensuite 5 à 7 jours avant une circulation normale, et jusqu’à 3 semaines avant un contact prolongé avec l’eau, un délai que peu de fabricants annoncent clairement sur l’emballage.
Budget réel d’un béton ciré fait soi même
| Poste | Fait soi même | Fait par un professionnel |
|---|---|---|
| Matériel et kit pour 10 m² | 400 à 800 euros | Inclus dans le devis |
| Outillage à acheter ou louer | 60 à 100 euros | Aucun surcoût |
| Main d’oeuvre | Votre temps, comptez un week end complet | 800 à 1500 euros pour 10 m² |
| Garantie en cas de défaut | Aucune | Garantie décennale sur la pose |
Faire soi même divise la facture par trois environ, mais reporte tout le risque de malfaçon sur vous, ce qui compte particulièrement en pièce humide.
Faire soi même ou faire appel à un professionnel
Un chantier de moins de 15 m², sur un support sain et sec, dans une pièce sans contact direct avec l’eau, reste accessible à un bricoleur méthodique qui accepte de respecter les temps de séchage à la lettre. Au delà de 20 m², dans une cuisine avec plan de travail à joindre au sol, ou dans toute pièce d’eau, l’intervention d’un professionnel se justifie, ne serait ce que pour la garantie qui l’accompagne.
Sur un chantier suivi l’an dernier, un particulier avait refait seul le sol de son salon avec un résultat très propre, avant de tenter la même méthode dans sa salle de bain sans système d’étanchéité sous couche. Le résultat s’est fissuré au bout de quatre mois, exactement là où l’eau de la douche stagnait le plus.
Entretien et durée de vie du béton ciré
Un béton ciré correctement posé et entretenu dure de 10 à 15 ans avant qu’un rafraîchissement du vernis devienne nécessaire. L’entretien courant se limite à un lavage à l’eau tiède avec un savon doux au pH neutre, en évitant tout produit abrasif ou à base de vinaigre qui attaque le vernis avec le temps.
Le bon geste consiste à repasser une fine couche de vernis tous les deux à trois ans dans les zones de forte circulation, avant que l’usure n’atteigne le mortier lui même. L’erreur fréquente est d’attendre que des marques apparaissent pour intervenir : à ce stade, un simple vernis ne suffit plus, et il faut reponcer toute la surface concernée.
